Les différentes méthodes d’écriture dans le Shanghan Lun

    Aujourd’hui, je vais tenter de vous faire un petit article sur le Shanghan Lun. Pour cet article, j’ai utilisé le passage d’un des livres du Docteur Liu Du-zhou « 伤寒论临证指要 ». Dans cette partie du livre, il rappelle que lui-même n’a qu’une compréhension superficielle du texte. Lorsqu’on lit les textes de ces grands noms de la médecine chinoise, on peut s’apercevoir qu’ils font en général tous preuves d’une grande modestie.

    En ce qui me concerne, je suis comme la plupart d’entre vous, passionné par la médecine chinoise mais je reste aussi un étudiant qui a encore beaucoup de choses à apprendre et à des années-lumière du niveau de ces maîtres qui en plus de pouvoir réciter par cœur ces textes classiques, en ont une compréhension très profonde.

    La chance que j’ai est de pouvoir lire le chinois, c’est pour cela que j’essaie de traduire certains textes qui sont aujourd’hui encore inaccessibles à certains lecteurs francophones. Cela me permet d’améliorer ma compréhension de la médecine chinoise et en même temps de vous en faire profiter. Parfois, il m’arrive de faire certaines erreurs et je remercie beaucoup ceux qui jusqu’à présent ont put me les signaler.

    Première méthode d’écriture « 宾主假借 »

    Le Shanghan Lun, traité des blessures dues au froid est un ouvrage monumental pour la discussion du traitement selon la différentiation des syndromes bianzheng lunzhi.  Les articles du Shanghan Lun peuvent parfois paraitre simples mais leur signification est en réalité très profonde. C’est un texte plutôt mystérieux qui devient merveilleux lorsqu’on en comprend la vraie signification.

    La clé secrète du trésor de Zhang Zhong Jing se trouve dans sa façon d’écrire. Il nous faut trouver cette clé afin de comprendre la signification réelle de ses textes. Pour cela, il nous faut connaître trois styles d’écritures particulières, dans cet article nous allons aborder le premier : « L’utilisation du texte secondaire pour mettre en valeur le texte principal »

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    Les exemples qui suivent vont nous permettre à partir d’un simple texte de faire de la médecine chinoise et ainsi élever notre niveau concernant la discussion du traitement selon la différenciation des syndromes.

    Utilisation d’un texte secondaire pour mettre en valeur le texte principal

    Ce style d’écriture utilisé par Zhang Zhong-jing permet de mettre en valeur le texte principal par l’intermédiaire d’un texte secondaire. L’objectif est simplement de promouvoir l’essentiel, faire que le sujet saute aux yeux du lecteur et qu’il ne puisse pas y avoir d’erreur lors du choix du traitement.

    Premier exemple:

    Dans l’article 70 : « Après avoir effectué la sudorification, s’il y a crainte du froid, c’est en raison de la déficience » dans ce passage l’auteur nous décrit certains symptômes mais pas de traitement il s’agit donc d’un texte secondaire. Par la suite l’auteur écrit « S’il n’y a pas de crainte du froid, mais seulement chaleur [fièvre], il s’agit d’une plénitude, il faut harmoniser le qi de l’estomac, on donne Tiao Wei Cheng Qi Tang». Dans cette partie du texte, on peut observer que le diagnostic ainsi que le traitement sont présents. L’accent est mis sur la façon de penser le diagnostic, le texte appartient donc au sujet principal.

    Dans cet article, il y a vingt-sept caractères, neuf caractères concernent le texte secondaire et dix-huit le texte principal. Si l’auteur n’avait utilisé que les caractères concernant le texte principal, cela aurait fait de cet article un texte insipide et sans goût. En y ajoutant les neuf caractères du texte secondaire, le résultat est excellent, le texte est simple mais son sens est profond.

    Cela va permettre de faire ressortir le syndrome de déficience face au syndrome de plénitude. De cette manière plus aucun doute n’est possible pour le lecteur. On peut aussi expliquer les différences de la plénitude par rapport à l’insuffisance. Grâce à cet article, on peut démontrer que ces deux problématiques se correspondent mutuellement et qu’elles peuvent se compléter l’une et l’autre.

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    Deuxième exemple:

    Prenons cet autre exemple, dans la première moitié de l’article 71 : « Lors de la maladie de taiyang, après avoir effectué la sudorification, s’il y a grande transpiration, sécheresse dans l’estomac, dysphorie, agitation, insomnie et envie de boire de l’eau, on donne à boire [au patient] en petite quantité, cela harmonisera l’estomac et il y aura guérison. »

    Dans cette partie du texte, l’auteur nous fait part des symptômes mais néglige le pouls, il s’agit donc du texte secondaire.  « Si le pouls est superficiel (fu), que les urines ne s’écoulent pas librement, qu’il y a légère fièvre et soif inextinguible (xiao ke), on traite avec Wu Ling San ». La suite du texte qui comprend les symptômes et le pouls fait partie du texte principal. Dans cet article l’utilisation du texte secondaire pour mettre en valeur le texte principal est encore meilleur que dans l’article 70:

    Premièrement : Il permet de corriger les erreurs des médecins de l’époque, qui lorsqu’ils voyaient quelqu’un avec la bouche sèche et l’envie de boire, avaient tendance à utiliser des produits afin de nourrir et d’humidifier.

    Deuxièmement : Cela nous permet de montrer clairement que dans les maladies de taiyang, lorsqu’il y a une accumulation d’eau dans le foyer inférieur, lorsque les urines ne sont pas libres et que le patient a soif, il s’agit d’un problème dû à l’énergie qui ne transforme pas les liquides.

    En termes cliniques, les traitements qui visent à régulariser l’accumulation d’eau par non-transformation des liquides ne doivent pas contenir de produits qui vont faire s’accroître les liquides et stopper la soif.

    Exemple d’une patiente du Docteur Liu Duzhou :

    Madame Zhang a la bouche sèche avec une envie de boire, après avoir bu, elle a toujours aussi soif, la gorge n’est pas vraiment douloureuse mais elle a l’impression d’avoir quelque chose de coincé à l’intérieur. Les urines ne sont pas libres, le pouls est profond et en corde, l’enduit de la langue est humide et glissant.

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    Le Docteur Liu Du-zhou a fait le diagnostic d’une déficience d’énergie provocant du froid qui a affaibli le yang et provoqué la non-transformation des liquides 气寒津液不化之证 . Il a dès lors écarté l’utilisation de plantes pour accroître les liquides et stopper la soif.

    Il a alors prescrit 30 g de shu fuling, 12 gr de guizhi, 15 gr de zexie, 10 gr de baizhu et 15 gr de fuling. Six sachets ont permis de libérer les urines, le malade a complètement guéri.

    De cet exemple on peut confirmer que pour Zhang Zhong-jing, quand la soif est causée par « la sécheresse dans l’estomac », il ne faut pas tomber dans les stéréotypes en humidifiant le yin pour nourrir les liquides. Mais il est plutôt suggéré que lorsqu’il y a une soif inextinguible avec des urines non libres dues à une accumulation d’eau dans le réchauffeur inférieur, il s’agit du syndrome de Wu Ling San.

    Le texte secondaire est donc là pour mettre en valeur le texte principal. Le texte principal lui, permet de répondre avec habileté et bon sens aux problèmes concernant la sécheresse provoqué en réalité par une accumulation d’eau.

    Source :

    La traduction des articles du Shanghan Lun que j’ai cité dans ce texte est issue de la nouvelle version du Shanghan Lun traduite par Abel Gläser éditée par l’Institut Liang Shen à Genève qui paraîtra prochainement. Merci à Abel et à l’institut Liang Shen pour l’énorme travail qu’ils font dans le domaine de la médecine chinoise pour nous les francophones.

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